L'organisation royale de la pharmacie militaire avant 1780

La pharmacie militaire ou à l'époque l'apothicairerie et ses apothicaires sont liés aux besoins des troupes et aux hôpitaux qui leurs sont dédiés.

Les apothicaires ne sont rentrés dans les rangs des armées de l'ancien régime qu'après les chirurgiens et les médecins dont les activités étaient d'une urgence immédiate sur les champs de batailles ou ultérieurement auprès des blessés et des malades.

On fit appel aux apothicaires comme fournisseurs de médicaments puis comme vérificateurs et préparateurs de ces médicaments. Chimistes et botanistes, leur présence devient indispensable dans les hôpitaux sédentaires ou ceux "ambulatoires" et même dans les troupes de la cour, les unités ou les corps spécifiques plus privilégiés.

Les débuts des hôpitaux et des apothicaires dans les armées (Maurice Bouvet)

Un quartier est attribué aux militaires à l'hopital de Lille dès le XVème siècle. En 1597 l'Hôtel Dieu d'Amiens abrite les soldats blessés ou malades. A Paris, l'hôpital de la Charité chrétienne au faubourg Saint Marcel fondé par l'apothicaire Nicolas Houël en 1579 est affecté par Henri IV par différents édits (1697, 1600 et 1605) aux "pauvres gentilshommes, officiers et soldats estropiés, vieux et caducs". Au début du XVI ème siècle, Henri II de Navarre engage à titre temporaire un apothicaire pour les besoins de ses troupes.

Selon Bouvet l'histoire hospitalière militaire durant les guerres semble débuter en 1550 avec l'ordonnance de Blois (?) qui prévoit l'organisation d'un "hôpital ambulatoire".

Puis en 1552, le Duc François de Guise fait installer deux hôpitaux militaires dans Metz assiégés par Charles Quint. A la demande du Duc de Guise, le roi Henri II envoie son premier chirurgien Ambroise Paré qui parvient à entrer dans Metz avec des fourgons à pansements. La prise en charge efficace des blessés qui auparavant décédaient très rapidement, sera saluée par la population et les militaires. Le Duc de Guise se montra humain à l'égard des blessés laissés par Charles Quint après qu'il ait levé le siège car il ordonna de les prendre en charge.

Une ordonnance du 15 décembre 1591 réglemente le budget thérapeutique militaire et en 1597 lorsque Henri IV assiège Amiens aux mains des Espagnols, il pourvoit à "la maison des blessez" qui possède un apothicaire à demeure et les drogues y sont cataloguées par le premier médecin du roi, Jean Ribit sieur de la Rivière, chargé de la surveillance de la dite maison.

Siège de Sedan (1606) (Bouvet) Sully ministre de Henri IV loua le fonctionnement de l'hôpital installé lors du siège d'Amiens : celui-ci fut copié pour l'hopital créé lors du siège de Sedan en 1606.

A sa tête se trouve un intendant avec comme personnel quatre chirurgiens, quatre compagnons chirurgiens, quatre garçons chirurgiens, deux maîtres apothicaires et deux garçons apothicaires alors que c'est l'archiâtre André du Laurens qui contrôle l'approvisionnement en médicaments (archiatre : premier médecin du roi ayant autorité sur les officiers de santé aux ordres du roi). André de Laurens qui remplace cette année là De La Rivière prévoit les besoins suivants 200 livres de réglisse, 800 livres de pruneaux, 200 livres de sucre, 200 livres de cassonade, 200 livres de miel, 50 livres de catholicum, 200 livres de casse en canon, 4 livres de thériaque, 30 pintes d'eau de vie, 50 d'huile der millepertuis, 40 livres d'huile de myrtilles, 60 livres d'onguent basilicum, 100 livres d'emplâtre diapalma, 100 livres de farine d'orobe, 10 livres de camomille, 10 livres de médilot, etc.

Siège de Soisson. Un cas similaire est décrit au siège de Soisson en 1617 sous Louis XII, assiégé par le comte d'Auvergne où les médecins, chirurgiens et apothicaires ainsi que le matériel sont sous l'autorité du de Philippe Hurault évêque de Chartres. Le personnel comprend un médecin assisté d'un garçon, deux chirurgiens avec deux aides, un apothicaire Pierre Frat assisté par un ou deux aides et un garçon. la liste est approuvée par Héroard alors premier médecin du roi.

En 1621, la même organisation est mis en place lors des sièges de Saint-Jean-D'Angely, Clairac et Montauban. l'apothicaire Pierre Frat porte le titre d'Apothicaire des camps et armées de roi.

Le cardinal de Richelieu poursuivra sur le même principe car il promulgue en janvier 1629 une ordonnance relative aux "hôpitaux entretenus à la suite des armées" ce qui va être mis en place rapidement en 1631 au siège de Pignerol (dont le fort connaîtra sous Louis XIV quelques pensionnaires célèbres tels Fouquet et "le masque de fer").

Au siège de Maestricht en 1673 un hôpital est installé par Louvois.

Les apothicaires de l'artillerie) (Delaunay, Gama)

Ils avaient un statut particulier et des principes de recrutement qui leurs étaient propres. Le 17 octobre 1662, dans le corps de l'artillerie le nombre d'apothicaires était de onze ramené à quatre par les édits de 1676 et 1677 puis les offices furent révoqués par l'édit d'août 1703. Cependant cet édit créa un premier apothicaire résidant en temps de paix à l'Arsenal qui suivait en temps de guerre le grand maître de l'artillerie plus quatre apothicaires ordinaires à la suite des équipages. L'Arsenal sous l'ancien régime était un dépôt d'armes et de munitions situé sur la rive droite de la Seine (petit bras désormais comblé) actuellement situé dans la quartier de l'arsenal dans la 4ème arrondissement de Paris.

Si avant 1662 les candidats pour ces postes étaient examinés par deux médecins ordinaires de l'artillerie après cette date le jury comprenait deux médecins ordinaires avec l'assistance d'un des maîtres-gardes apothicaires de Paris. Après l'édit de 1703, le sujet du chef-d'oeuvre était donné par le premier médecin de l'artillerie qui examinait le travail avec le premier apothicaire de l'artillerie. Le candidat reçu comme premier apothicaire de l'artillerie prête alors serment devant devant le grand maître de l'artillerie.

Le prix de la charge oscillait de 2100 livres en 1642 à 2500 livres en 1647, 3000 livres en 1707 et 2530 livres en 1732.

Les apothicaires fournissaient les médicaments aux officiers et aux soldats de l'artillerie et en guerre collaboraient au pansement des blessés.

A l'origine leur veuve héritait du privilège de tenir ou louer boutique et ils jouissaient du droit de committimus (privilège accordé par le roi) de tenir une boutique mais l'édit de 1703 n'accorde plus ce privilège qu'au premier apothicaire et l'édit de 1716 le supprime.

Les apothicaires de Paris contestaient à leurs confrères de l'artillerie le droit de tenir boutique avec de nombreux procès sur ce sujet. De plus les apothicaires de l'artillerie en dépit de la déclaration royale de juillet 1622 refusèrent parfois de se soumettre aux visites des gardes apothicaires ou autres inspecteurs ce qui n'a fait qu'accroitre les jalousie à l'égard des privilèges les dédouanant des règlements et obligations institués par les apothicaires parisiens.

Ils pouvaient aussi plus simplement se faire agréger à la compagnie des marchands apothicaires épiciers de Paris contre des droits d'admission (entre 1200 et 1500 livres).

Pour en finir avec l'approvisionnement aléatoire des hôpitaux des armées, le principe de l'entreprise est adopté à la fin du XVII ème siècle. C'est ainsi que le 6 juin 1685 Gilles de Verly chirurgien juré parisien (apothicaire major des armées du roi selon Bouvet) soumissionne pour la fourniture des médicaments, topiques, linges, charpies et appareils orthopédiques aux hôpitaux militaires du ressort de l'intendance des Flandres. Il s'engage également à mettre à disposition pour chaque hôpital un garçon apothicaire par lui soldé, à la disposition du médecin. Ce garçon était aussi chargé de surveiller l'apothicairerie et de signaler les abus au commissaire des guerres et au médecin inspecteur.

Le règlement du 20 décembre 1718 sur les hôpitaux militaires confirme l'autorité du médecin-major et les devoirs des apothicaires.

En 1719 leurs traitements et leurs rations sont fixées.

En 1747, une ordonnance royale tente de mettre fin aux compérages et aux collusions dans les hôpitaux militaires en commissionnant et payant directement par le roi les chirurgiens et les apothicaires. Le tout sous le contrôle du médecin-major pour la partie médicale et du commissaire des guerres et de l'intendant pour la partie administrative. Un jardin médicinal devra être créé dans les lieux choisis par l'intendant et surveillé par le médecin et le chirurgien-majors. Un demi-siècle après, c'est la fin du principe des entrepreneurs à l'origine de beaucoup d'abus.

En 1747, pour remplacer les recueils manuscrits de formules un formulaire imprimé est publié par ordre du roi. D'autres formulaires vont se succéder jusqu'à ceux de Parmentier paru en 1804 qui seront la base des médicaments et de leur préparation galénique pendant longtemps. Parmentier ayant éliminé les principes dit "actifs" les plus folkloriques voir dangereux des formulaires précédent pour ne conserver que ceux qu'il considérait comme réellement efficaces.

En 1758 le recrutement des garçons apothicaires devient si difficile que le ministre de la guerre est obligé dans réquisitionner six dans les apothicairerie civiles.

La saleté, l'insalubrité et les pénuries de toutes sortes perduraient dans les hôpitaux militaires ce qui conduit le comte de Clermont (Louis de Bourbon-Condé prince de sang) à se plaindre de cette situation, mais en vain. Ce n'est qu'en 1766 que le roi Louis XVI nomme Pierre Bayen apothicaire-major des camps et armées et qu'il constitue le 4 août 1772 une commission de santé permanente.

Le 22 décembre 1775 sont créés dans les hôpitaux de Strasbourg, Metz et Lille des amphithéâtres de médecine, chirurgie et pharmacie. Pour la pharmacie, les cours étaient dispensés par l'apothicaire-major de l'hôpital et comportaient entre autres disciplines, l'étude des plantes usuelles et des "opérations chimiques et galéniques".

L'ordonnance du 26 février 1777 réserve aux élèves sortis de ces trois écoles quelques privilèges dans faciliter leur avancement.

L'apothicaire-major des camps et armées du roi est alors chargé d'analyser les médicaments fournis par les fournisseurs car les abus allaient croissants.

Bibliographie

Maurice Bouvet. Les origines de la pharmacie militaire. La pharmacie française, 1932, 36 ème année.

Jean-Paul Gilli. Thèse "la pharmacie militaire sous la révolution et l'empire". Université de Paris 3. Novembre 1959.

Jean Pierre Gama. Esquisse historique du service de santé militaire en général et du service des hôpitaux en particulier. Paris 1841.

Louis Irissou. Compte rendu du Médecin-Général Les Cilleuls in Revue historique de l'Armée 1951. Les apothicaires aux armées de l'ancien régime. Revue histoire de la Pharmacie. 1953, 138, 108-109.

Paul Delaunay. Les origines de la pharmacie militaire : les apothicaires de l'artillerie. M. Bouvet. Archives de médecine et de pharmacie militaires dans Revue d'histoire de la pharmacie. 1930, 18 année, N°70, 186-7.

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